La tyrannie de la pensée positive

Faire face au cancer : avec la pensée réaliste - Josée Savard, Ph. D.Ça fait longtemps que je ne crois pas que pour tout et n’importe quoi il suffit d’être positif. Encore moins devant une grosse maladie comme le cancer… C’est extrêmement difficile et très lourd d’être continuellement positif après un tel diagnostic. Quand je suis tombée sur le livre Faire face au cancer : avec la pensée réaliste de l’onco-psychologue Josée Savard, j’ai trouvé une validation de ce que je pensais et de mon ressenti. Je recommande ce livre. La préface est signée par le Dr Pierre Audet-Lapointe, fondateur de la coalition Priorité au cancer au Québec.

Les effets

Pour cette psychologue qui travaille depuis plus de 15 ans avec des gens atteints de cancer, la mode de la pensée positive peut avoir des effets néfastes à deux niveaux :

  • entraîner un sentiment de culpabilité chez les patients atteints de cancer en leur donnant l’impression que c’est par leur faute qu’ils sont malades.
  • renforcer cette culpabilité en laissant croire à ces mêmes patients que s’ils ne réussissent pas à guérir, c’est aussi par leur faute.

En plaçant toute la responsabilité sur le malade, cette idéologie peut engendrer une réaction en cascade et déboucher sur l’anxiété, la colère, la dépression.

Je sais que ce n’est pas avec des mauvaises intentions que les gens nous disent d’être positif mais ça vient quand même jouer avec nos émotions.

« Pourquoi ne dit-on jamais à un diabétique ou à un cardiaque de penser positif? C’est comme si le cancer était d’origine psychologique. »

Les causes exactes du cancer ne sont pas encore connues même si certains facteurs de risque le sont. Une psychiatre rencontrée quelques fois m’a dit que les émotions ne causent pas le cancer.

Elle a conscience de naviguer à contre-courant. « La pensée positive est extrêmement répandue, entre autres parce qu’elle permet d’écarter les réalités qui nous dérangent. » Mais à quel prix ?

Certaines personnes sont mal à l’aise avec la maladie et/ou ne savent pas quoi dire à une personne qui a le cancer. Lui dire d’être positif peut alors apparaître comme une bonne solution. En plus des messages reçus, la pression d’être positif peut venir du patient lui-même… Peu importe la source, le prix à payer peut être lourd.

« Pour un médecin, dit-elle, il est sans doute tentant de servir à son patient une petite phrase facile du genre “Vous n’avez qu’à penser positivement et ça va bien aller”. De mon côté, comme psychologue, je dois évaluer l’efficacité des différentes stratégies avec tout le sens critique et l’esprit scientifique de ma profession. »

Je ne me suis jamais fait dire une telle chose par un médecin mais peut-être est-ce à mettre en lien avec la tendance de certains professionnels de la santé à minimiser ou refuser de reconnaître les effets secondaires tardifs et les séquelles. Comme si en les niant, les problèmes vont disparaître…

L’alternative

À l’encontre de ce mouvement de la pensée positive, ou de la tendance inverse de sombrer dans le négativisme et la dépression, Josée Savard propose plutôt la «pensée réaliste». Fondée sur la thérapie cognitive comportementale, cette approche soutient qu’il est possible de reprendre le contrôle de ses émotions et de ses pensées, et d’être capable de fonctionner de manière réaliste afin de retrouver l’espoir de guérison.

« Il s’agit de voir tous les scénarios possibles face à ce qui nous arrive, avec les risques réels, mais aussi les possibilités d’issues heureuses. On doit voir la situation comme elle est, tout en espérant que le meilleur des scénarios réalistes survienne. »

Voilà qui me rejoint et me plaît beaucoup plus que la fameuse pensée positive, même si ça implique d’être à contre-courant également…

Références

Une réponse à “La tyrannie de la pensée positive”

  1. Je suis tellement d’accord avec toi Annie, c’est ce que j’ai toujours pensé. Il vaut mieux être réaliste. C’est l’entourage qui est souvent dans le déni, pas nous. Il nous place face à un mur avec cette pensée unique qui nous cloue le bec et ne nous aide pas du tout. J’ai déjà indiqué la source d’un livre que j’ai lu «L’éloge de la déprime». La pensée positive à outrance est une insulte et un manque d’argument et de compréhension selon moi. Bravo Annie pour cette référence. Et bravo pour cette psychologue.

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