4e anniversaire du diagnostic

Réflexion sur les 4 années qui se sont écoulées depuis mon diagnostic de cancer du sein bilatéral dont un côté est un cancer inflammatoire du sein. Mon état de santé actuel, mes deuils, mes difficultés, mes émotions, mes choix, mes opinions et mes souhaits pour le futur.

Mardi 30 juillet 2013, 17h50 – C’est la date et l’heure à laquelle le chirurgien spécialiste en cancer du sein m’appelle pour me faire part des résultats préliminaires des biopsies. Les résultats confirment ce qu’il m’a dit la veille, à savoir que j’ai un cancer inflammatoire du sein et que les deux seins sont atteints. Même s’il a écrit que j’ai un CIS sur le billet médical pour me mettre en arrêt de travail maladie, j’avais gardé un très mince espoir qu’il se trompe. J’ai trouvé le temps d’attente entre la visite médicale et l’appel affreusement long… Depuis, ce sont les montagnes russes émotionnelles et j’ai bien de la difficulté à en descendre.

Côté médical

Je n’ai aucun signe de la maladie depuis la mastectomie bilatérale en mars 2014. Par contre, j’ai développé de nombreuses séquelles: des douleurs chroniques, de la fatigue chronique, une dépression majeure et de l’anxiété, un léger lymphoedème (condition chronique) aux bras, de l’oedème thoracique et un léger brouillard cérébral.

Depuis, j’ai aussi une fasciite plantaire aux deux pieds et une pseudo-folliculite au niveau des cuisses. Je ne saurai jamais si c’est relié ou non à la chimiothérapie. J’ai commencé à faire du reflux gastrique mais je suis convaincue que c’est l’anxiété.

Deuils et difficultés

Recevoir un diagnostic de cancer amène son lot de deuils et de difficultés avec lui. En voici quelques-uns que j’ai à vivre :

Les séquelles imprévues ou minimisées. Les médecins sont excellents pour vanter les bienfaits de leurs traitements. Pour ce qui est de parler des effets secondaires à moyen et long terme, c’est une toute autre histoire… Ils sont très bons pour les minimiser voir les nier. Lorsqu’ils surviennent, c’est rarement leur problème et/ou ils ne peuvent supposément rien faire… Comment donner un consentement réellement éclairé quand nous n’avons pas toute l’information? Ça me frustre au plus haut point. Ce n’est pas normal que ce soit aux patientes à chercher seules les solutions.

Avoir une santé parfaite. Malgré une hypothyroïdie, je me considérais comme quelqu’un en santé et je ne m’en faisais pas pour l’avenir de ce côté-là. Ce n’est plus le cas. C’est un problème après l’autre depuis 4 ans et le futur me fait peur… Peur que la douleur augmente encore plus sans être capable de la contrôler, peur que ma condition se dégrade, peur que d’autres problèmes invalidants surviennent, peur de ne pas être prise au sérieux une fois de plus, etc.

Peur de la récidive et/ou de la mort. Je ne les ai plus. C’est plutôt la culpabilité du survivant qui m’envahit. Si j’ai à avoir une récidive, j’en aurai une et pour le moment je songe sérieusement à ne pas la traiter si elle survient. J’ai tellement souffert, physiquement et psychologiquement, ces quatre dernières années qu’au moins si je meurs je ne souffrirai plus. De toute façon, je n’ai aucun réseau personnel de soutien…

Avoir mes seins. Ça donne un choc quand tu passes de bonnets DD (ou E) à même pas des bonnets A… Quand en plus tu es hirsute (poilue), grande et très bâtie (grosse ossature), il n’y a plus grand chose de visible qui te distingue d’un homme. Quelques exemples : Je prends des gants extra-larges pour hommes. Pour mes pieds, je dois aller dans les rares magasins qui ont à la fois de très grands points ET différentes largeurs. C’est un casse-tête aussi pour acheter montre, tuque, chapeau, etc. Aucun homme ne voudra d’une femme comme moi…

Diminution de revenus. Un fois l’assurance-invalidité débutée après la période d’attente de 3 mois, je vis relativement bien. La situation se détériore quand l’assurance-invalidité cesse deux ans après le début de mes prestations. Je suis toujours incapable de faire le nombre d’heures que je faisais avant mais l’assurance ne couvre plus les heures que je ne travaille pas. De plus, mes frais médicaux ont explosé et je dois verser les cotisations au fonds de pension que j’aurais dû payer si j’avais été au travail en plus de mes cotisations actuelles. Je suis malgré tout lucide et je sais que je suis chanceuse d’avoir eu de l’assurance. La situation actuelle est toujours fragile.

Travailler dans mon domaine. Lors du diagnostic, je suis sur le marché du travail mais mon emploi n’est pas dans mon domaine d’études. Pour la première fois, je suis encore contractuelle mais j’ai des avantages sociaux. À la fin de mes traitements, je fais le choix de continuer mon emploi actuel. Je ne le regrette pas même si ce ne fut pas une décision facile. J’ai bien fait puisque mon employeur est conciliant. Je suis consciente d’être privilégiée sur ce point. La permanence m’a même été accordée au printemps.

Avoir un ou des enfants. En ayant le syndrome des ovaires polykystiques, j’ai probablement besoin d’une stimulation ovarienne pour avoir des chances de tomber enceinte. Ayant eu un cancer hormono-dépendant, c’est maintenant hors de question. Ce n’était pas une priorité pour moi mais j’aurais quand même aimé que ce soit moi et non la maladie qui décide.

À tout cela, il faut ajouter la vive colère suscitée par les mensonges de l’industrie du ruban rose, l’absence de recherche sur le CIS au Canada et la méconnaissance du CIS, tant dans le grand public que chez les professionnels de la santé. Quand des médecins suggèrent des traitements qui vont totalement à l’encontre du protocole standard de traitement pour le CIS, c’est très grave… Idem quand ils donnent des informations inexactes en disant par exemple que le cancer du sein ne fait JAMAIS mal…

Souhaits pour le futur

Voici quelques-uns de mes souhaits pour le futur (sans ordre particulier) :

  • Garder mon médecin de famille encore très longtemps ;
  • Être capable d’augmenter mes heures de travail ;
  • Reconnaissance des effets secondaires à moyen et long terme par les professionnels de la santé ;
  • Diffusion d’informations exactes et complètes sur le cancer du sein sous toutes ses formes peu importe le type ou le stade ;
  • Qu’un organisme québécois ou canadien représente les patientes atteintes d’un cancer inflammatoire du sein, fasse de l’éducation et de la sensibilisation en français en plus de financer de la recherche spécifiquement sur le CIS ;
  • Meilleure connaissance des particularités du CIS par les professionnels de la santé ;
  • Que le grand public connaisse l’existence et les symptômes caractéristiques du CIS ;
  • Que de la recherche soit effectuée au Québec et/ou au Canada spécifiquement sur le CIS.

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